Le spectre des fréquences de trading

 

Voici la traduction d’un post de Tito Ingargiola du blog “Hack the market” dont des articles ont déjà été traduits sur le site (cf la série intitulée le miroir aux alouettes de l’optimisation et l’article Rassembler les pièces d’un système de trading algorithmique). Tito Ingargiola a décidé de quitter en 2005 sa position de spécialiste en technologie a Wall Street pour créer Puppetmaster Trading et poursuivre ainsi à temps plein son intérêt croissant pour le trading algorithmique.

Post Original: the trading frequency spectrum

J’avais l’idée d’écrire un article de ce genre depuis une conversation que j’ai eue à Jerusalem à l’automne dernier.  Le récent coup de projecteur que l’on fait au trading haute fréquence et à tous ses maux m’a rapelé la pertinence de ce sujet et je vais donc vous livrer certaines de mes pensées, au risque de me faire accuser de désinformation.

 

Pour commencer, la conversation. C’était avec un homme talentueux qui était le CFO de nombreuses entreprises incluant une petite startup de hedge fund qui tradait à haute fréquence les equities US. Bien qu’il n’était qu’un CFO à temps partiel, il semblait être assez bien au courant de leurs opérations de trading et il a remarqué qu’ils utilisaient les service d’un “agence only” broker pour des automates de trading auquels je suis familiers et qu’ils analysaient des données complètes pour des centaines d’action de manière concurente. Il m’a signalé que leur trading se portait bien mais que leur “hit rate” était autours de 4% et en baisse. Par “hit rate”, il signifiait qu’il placait des ordres limites fréquemment et généralement annulé ces ordres s’ils n’étaient pas touchés immédiatement. Il ne me l’a pas spécifié, mais j’imagine que par “immédiatement” il entendait de quelques millisecondes jusqu’à une seconde ou vingt. Si le marché est composé de “makers” et de “takers”, alors ces gars étaient définitivement des faiseurs de liquidité dans le sens strict du terme puisqu’ils placaient des ordres limites et faisaient le marché.

A l’époque j’ai pensé que c’était intéressant car il semblait que tellement de monde était concentré sur les trades de très, très court terme, que la fréquence était en train de devenir saturée. C’était un rappel que les fréquences de trading remplissent un spectre et que dans ce cas, cette partie du spectre était en train de devenir tellement saturée qu’en obtenir un retour devient de plus en plus difficile au fure et à mesure que de plus en plus de participants viennent rejoindre la foule. Je ne suis pas certain de la manière dont ce hedge fund s’en est sorti, mais à l’époque je me rapelle penser que ça allait être réellement difficile pour eux au niveau de la concurrence s’ils ne pratiquaient que du trading haute féquence. Remplir ce spectre devient de plus en plus couteux en technologie et en talent, maintenant que la course est clairement lancée.

Lo et Khandani ont réalisé l’image ci dessous illustrant ce phénomène survenant à une classe de stratégie contrarienne que Lo & MacKinlay avait décrit en 1990. Les sratégies s’arrêtent de fonctionner au fure et à mesure que les participants réduisent l’alpha.

Ma conversation de Jerusalem m’a principalement fait penser que nous allons observer un phénomène similaire parmis les stratégies de trading hautes fréquences.

Qu’est ce que cela signifie pour une stratégie d’être haute fréquence? Tout d’abord, c’est une large classe de stratégies qui ne devrait probablement pas être traitée uniformément. Ce qu’elles ont en commun est l’intention de trader l’entrée et la sortie de position sur une base fréquente qui va de la sous-seconde à peut être quelques secondes ou même minutes dans des cas particulièrements heureux.

Outre le fait que l’on peut trader à de nombreuses fréquences, on peut les mélanger et même être à peine conscient de le faire. Un fond mutuel basé sur le fondamental et prenant uniquement des positions à l’achat (c’est à dire pas un trader algo ou haute fréquence) peut appeler/faxer/mailer/utiliser le FTP ou le protocole FIX pour passer ses trades à son broker qui peut ensuite exécuter ces trades avec leur algos propriétaires ou achetées. Ces algos peuvent faire appel à des analyses du marché très astucieuses pour procurer une bonne exécution à leurs clients. Ou bien ils peuvent trader contre leur client pour gagner de l’argent ou encore les deux.

Dans tous les cas, il me semble clair qu’il n’y a rien d’intrinsèquement mauvais dans le trading haute-fréquence lui même. Les gens essaieront toujours de réagir à l’information le plus rapidement possible. Pourquoi ne le feraient-ils pas ou ne devraient-ils pas le faire? Ils aiment aussi être intelligent. Encore une fois, pourquoi ceci ne devrait-il pas être le cas? Je me rapelle Lefevre racontant l’utilisation de télétypes personnels par les gros spéculateurs au début du siècle dernier. Ce qui n’était évidemment pas à l’époque un objet de la vie courrante. Je me le rapelle aussi raconter des stratégies pour déplacer de larges positions, ce qui incluait à la foi d’acheter et de vendre pour cacher son jeu. Pourquoi les algos ne feraient-ils pas la même chose et encore plus?

Un des aspects que ma conversation évince est le type de business model employé par les brokers. Comme je l’ai dit, ce petit hedge fund haute fréquence utilisait un “agence-only” broker qui s’adresse à des traders algo et haute fréquence. Pourquoi est-il important de préciser que c’est “agency-only”? Parce que, comme le cas Goldman/Aleynikov l’illustre bien, les stratégies sont organisationnellement poreuses dans le sens que leur valeur s’égoutte au fure et à mesure que le capital humain derrière elles se déplace d’organisations à organisations et que la compréhension de leurs strates internes s’épend à l’extérieur de l’organisation. C’est probablement la dynamique qui a provoqué l’exemple de Lo ci dessus: toujours plus de traders se sont mis à employer des stratégies similaires au fure et à mesure que la “fuite” s’est éloignée de ses sources originales. Si je vois toute votre activité de trading en détails suffisants, il y a de fortes chances que je pourrai être capable de faire de la rétro ingénierie et de vous voler votre alpha.

C’est pourquoi, les traders sont heureux de ne pas faire de publicités sur le comportement de leur stratégie. Donc, un “agence-only” broker qui ne s’engage pas lui même dans des activités de prop trading, devrait inspirer la confiance à ses clients potentiels.

Parfait! Quel business model honnête! Mais il y a une ironie ici et celà pointe sur les types de problèmes réels que nos régulateurs devraient plutôt étudier. Le “agence-only” broker que j’ai mentionné n’était pas “self-clearing” (compensé par lui même). C’est à dire qu’il utilisait un autre broker (Goldman dans ce cas) pour remplir ses devoirs de back office. Et devinait quoi? Goldman est tout sauf “agence only”. Donc, les clients qui étaient rassurés et tranquiles de traiter avec des boutiques “agence-only” sont en fait en train d’exposer toutes leurs activités à un prédateur prop trader particulièrement sophistiqué… C’est comme les pubs de Guiness (NDLR: si quelqu’un connait ces pubs qu’il me fasse un signe…).

Il m’est assez amusant de voir que, pendant qu’ils sont assis sur un trou de plusieurs trilions de dollars de la balance de notre FED,  des hippies comme Fox News, Bloomberg (sollicité pour le trouver) et notre congrès US (qui le demande poliment) ne parviennent pas à soutirer une explication des autorités compétentes, et que dans le même temps, la blogosphère et les régulateurs semblent concentrer leurs invectives sur les vendeurs à découvert, les hedge funds ou les traders haute fréquence.

 

partners at GS?

Traduction: Nicolas Vitale

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

You may use these HTML tags and attributes: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>