Edito Novembre 2011: Indignez-vous!

 

Nicolas Vitale

Détrompez-vous, le but de cet édito n’est pas de lancer après Occupy Wall Street et Occupy LSE, le nouvel Occupy Trading Automatique. Non, j’ai bien peur que nous nous trouvions déjà du mauvais côté de la barrière…

Mais ceci ne devrait pas nous empêcher de nous indigner face à certaines pratiques plus ou moins acceptées dans le domaine du trading pour particuliers. Non, les brokers dealers ne sont pas une fatalité. Non, l’opacité sur les CFDs ou le Forex n’est pas une règle en soi.

Le Forex tout comme les CFDs sont des produits “OTC”, négociés de gré à gré. Ceci signifie de manière savante que la transaction est négociée directement entre les deux parties sans passer par un échange neutre où les fournisseurs et les preneurs de liquidité sont en concurrence. Ou en quelques mots que votre intermédiaire peut proposer les prix qu’il souhaite et qui l’arrangent. Libre à vous de les refuser… Un marché OTC est donc bénéfique à tout le monde seulement si les deux parties sont correctement informées pour que l’une n’abuse pas de son savoir supplémentaire sur l’autre. Il est d’ailleurs reconnu qu’un broker dealer, prenant la contrepartie des ordres de ses clients, réussit d’autant mieux qu’il reste mieux informé que ses clients. Le conflit d’intérêt est évident…

Un modèle vient toutefois assainir le marché OTC. C’est celui du MTF, Multilateral Trading Facility, qui, autrefois réservé aux institutionnels, ouvre désormais ses portes aux traders particuliers via LMAX, le London Multiple Asset Exchange. Un MTF fonctionne comme un échange, avec un carnet d’ordres visible (5 niveaux pour LMAX) et la possibilité pour tout intervenant d’apporter de la liquidité via des ordres limites visibles dans le carnet, ou d’en prendre via des ordres au marché. Comme un échange Actions ou Futures, le MTF a des membres qui ont l’obligation de coter : à l’heure de l’édito, pour LMAX c’est Goldman Sachs, JP Morgan et Optiver, mais la liste peut s’allonger si d’autres volontaires se présentent. Les transactions sont ensuites compensées via une chambre de compensation institutionnelle (clearing house) : LCH Clearnet. De fait, on ne trade pas des CFDs sur LMAX, mais des ccCFDs: Centraly Cleared Contract For Difference.

(Cliquez pour aggrandir)

Mais le fait que les instruments soient compensés centralement comme c’est le cas avec les produits listés ne doit pas éclipser une autre avancée majeure. En prenant le parti de la technologie, indispensable lorsque l’on bâtit un échange sérieux, LMAX propose un environnement de trading à faible latence où les vitesses d’exécution se mesurent désormais en millisecondes. Certes, ces vitesses ne sont pas vraiment importantes en soi pour la plupart des traders particuliers. Mais elles sont indispensables aux traders professionnels, en particulier les arbitrageurs. Et ceux-ci sont les garants de l’obtention de prix cohérents…

En effet, comme nous l’avons vu, les CFDs étant des produits OTC, leurs émetteurs peuvent les coter comme bon leur semble… Mais ceci n’est pas tout à fait vrai. Car dans un environnement transparent et équitable, les traders peuvent arbitrer les irrégularités entre les CFDs et leurs sous-jacents, Futures ou Actions. Les irrégularités sont donc limitées par la possibilité et la rapidité d’exécution chez l’émetteur des CFDs.
Certains petits malins ont probablement essayé d’arbitrer un broker dealer MT4 avec un autre broker ECN (schéma broker dealer vs ECN)… Ceci est malheureusement impossible dans la pratique car le broker dealer repère les arbitrageurs et ralentit leurs ordres (freeze, requotes) ou ferme directement leur compte… On ne peut pas trop leur en vouloir, puisque les arbitrageurs tapent dans les propres réserves du broker… Rappelez vous, un broker dealer ne réussit que tant qu’il reste mieux informé que ses clients car il prend la contrepartie des ordres !

Mais dans un environnement MTF à faible latence, les ordres sont exécutés en quelques millisecondes et le broker n’a aucun intérêt à ralentir les arbitrageurs puisqu’il ne prend pas contrepartie des ordres et que ceux-ci paient une commission fixe par trade. Les fournisseurs de liquidité ont donc l’obligation de coter le plus proche possible des sous-jacents pour éviter de se faire arbitrer. Certes, ils ont toujours la possibilité de coter comme bon leur semble, tout comme vous d’ailleurs, mais vous avez également l’opportunité de leur faire regretter tout écart…

Dans ce sens, le modele bâti par LMAX est une réelle avancée dans le trading pour particuliers et participe à l’assainissement du marché OTC du Forex et des CFDs.

Rien n’étant parfait dans ce bas monde, le MTF n’est pas non plus exempt de défauts. Son talon d’Achille est la liquidité. Contrairement à un échange, les fournisseurs de liquidité et les traders sont moins nombreux. Un trader ayant un fort capital continuera donc probablement à privilégier le sous-jacent Future tradé sur son échange officiel. Mais l’absence de “flux toxiques” sur les MTFs orientés particuliers peut toutefois les rendre attrayants, au moins pour diversifier l’exécution de ses ordres.

Concernant le trading automatique, notez que LMAX permet aux développeurs d’utiliser gratuitement leur API Java ou C#. Les traders intéressés par une exécution rapide pourront quant à eux se tourner vers AlphaTrader ou plus classiquement MultiCharts via une offre gratuite.

Bon trading à tous !

Nicolas Vitale
Trading Automatique et Automated Trading
Directeur de Alpha Novae

Il y a un an : Edito Novembre 2010 : L’edge technologique

Il y a deux ans:  Edito Novembre 2009 : Humains avant tout

Retrouvez tous les Editos de Trading Automatique ici.

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